Mis à jour : 25 octobre 2026

Lundi, 7 h 10. Un monteur est malade, un client appelle pour une fuite, le chantier de Morges attend toujours le matériel et personne ne sait qui a le véhicule avec l’échafaudage roulant. Dans beaucoup d’entreprises artisanales, la planification des interventions se fait au téléphone, dans un groupe WhatsApp ou sur un tableau blanc que seul le patron sait lire.

Ce guide montre comment planifier autrement, quel que soit l’outil : une méthode en sept étapes, un calcul de capacité simple, la gestion du piquet et des urgences, et les règles suisses qui limitent le planning (loi sur le travail, conventions collectives, jours fériés cantonaux). Il s’adresse aux entreprises de 3 à 50 personnes : électricité, sanitaire et chauffage, peinture, menuiserie, paysagisme, construction.

L’essentiel en bref

  • Planifiez sur trois horizons : capacité (4 à 8 semaines), planning de la semaine, ajustements du jour. Chacun a son rythme et son responsable.
  • Partez toujours de la capacité réelle : heures contractuelles moins absences, vacances, formations et jours fériés du canton du chantier.
  • Placez d’abord ce qui est fixe (entretiens, piquet, rendez-vous confirmés), puis les chantiers, et gardez une marge pour les urgences.
  • La loi fixe les limites : 50 heures par semaine au maximum dans le bâtiment et l’artisanat, 140 heures supplémentaires par an, 11 heures de repos quotidien, travail de nuit et du dimanche seulement avec autorisation.
  • Communiquez le planning de la semaine suivante avant le week-end et tenez-le à jour au même endroit pour tout le monde.

Planifier, disposer, dispatcher : de quoi parle-t-on ?

Les mots varient selon les entreprises. Dans ce guide :

TermeCe que c’estHorizon
Planification de capacitécombien d’heures sont disponibles et combien sont déjà vendues4 à 8 semaines
Planning des interventionsqui travaille sur quel chantier, quel jour, avec quel véhiculela semaine
Dispatchingajuster le jour même : urgence, absence, retard de livraisonle jour
Piquetpermanence hors des heures normales pour les dépannagessemaine ou week-end
Tableau de planificationla vue qui montre les personnes en lignes et les jours en colonnes (le « Plantafel » des Alémaniques)–


Les trois horizons ne se font pas au même moment. La capacité se regarde une fois par semaine avec les devis acceptés ; le planning de la semaine se fixe le jeudi ou le vendredi ; le dispatching se fait chaque matin, en dix minutes si le reste est propre.

Méthode en 7 étapes

1. Lister les ressources

Qui peut intervenir, avec quelles compétences ? Notez pour chaque personne le taux d’occupation, les qualifications utiles (CFC, autorisation d’installer, permis, nacelle) et pour chaque véhicule ou machine son équipement. Un apprenti ne part pas seul en dépannage ; une personne sans permis de conduire dépend d’un collègue.

2. Lister le travail à faire

Chantiers en cours avec les heures restantes, devis acceptés avec leur date souhaitée, contrats d’entretien dus, petites interventions en attente. Estimez une durée pour chaque élément. L’estimation n’a pas besoin d’être parfaite : elle sert à voir si la semaine tient.

3. Déduire les contraintes

Vacances, maladie, cours interentreprises, école professionnelle des apprentis, jours fériés. En Suisse romande, attention : le jour férié qui compte est celui du lieu de travail, pas celui du siège de l’entreprise (voir le tableau plus bas).

4. Placer d’abord le fixe

Le piquet, les visites d’entretien planifiées, les rendez-vous confirmés avec des clients, les livraisons. Ce sont les éléments qui ne bougent pas, ou qui coûtent cher s’ils bougent.

5. Remplir avec les chantiers

Regroupez par zone géographique pour réduire les trajets, gardez les mêmes personnes sur un chantier autant que possible et prévoyez le matériel en même temps que l’équipe. Une équipe sur place sans matériel coûte plus cher qu’une équipe qui commence une demi-journée plus tard.

6. Garder une marge pour les urgences

Si votre entreprise fait des dépannages, une partie des heures sera prise par l’imprévu. Mesurez-la sur quelques semaines : combien d’heures par semaine sont parties en urgences ? Gardez au moins cette part libre, ou désignez chaque jour une personne « tampon » qui fait du travail déplaçable.

7. Communiquer et comparer

Envoyez le planning de la semaine suivante avant le week-end. Le vendredi, comparez le prévu et le réel : quels chantiers ont dépassé, combien d’urgences, combien d’heures non facturables. C’est cette comparaison qui rend la planification suivante meilleure. Le calcul a posteriori explique comment l’exploiter.

Calculer la capacité : un exemple

Exemple fictif : une équipe de 5 monteurs à plein temps, 40 heures par semaine selon le contrat.

ÉlémentCalculHeures
Capacité théorique5 × 40 h200 h
Vacances (1 personne, 2 jours)2 × 8 h− 16 h
Cours interentreprises (1 apprenti, 1 jour)1 × 8 h− 8 h
Capacité disponible176 h
Marge pour urgences (15 %, hypothèse)176 × 0,15− 26 h
Capacité planifiable≈ 150 h


Si les chantiers et entretiens prévus pour cette semaine dépassent 150 heures, il faut décider maintenant : décaler un chantier, faire des heures supplémentaires dans les limites légales, ou faire appel à un sous-traitant. Découvrir le problème le mercredi coûte plus cher. Pour la planification sur plusieurs semaines, voir la planification de capacité.

Exemple de planning : une semaine à cheval sur Vaud et Genève

Exemple fictif pour la semaine du 7 au 11 septembre 2026 d’une entreprise de sanitaire basée à Nyon. Le jeudi 10 septembre est le Jeûne genevois : jour férié à Genève, jour ouvrable dans le canton de Vaud.

PersonneLundi 7Mardi 8Mercredi 9Jeudi 10Vendredi 11
Monteur AChantier Genève (salle de bain)Chantier GenèveChantier GenèveChantier Nyon (le chantier genevois est fermé)Chantier Genève
Monteur BEntretiens NyonEntretiens GlandChantier RolleChantier RolleEntretiens Nyon
Monteur CChantier RolleChantier RolleDépannages (tampon)Dépannages (tampon)Chantier Rolle
Monteur DDépannages (tampon)Chantier GenèveChantier GenèveVacancesVacances
ApprentiÉcole professionnelleAvec AAvec AAvec BAvec C
PiquetB (lun–dim)


Trois choses à retenir de cet exemple : le jour férié genevois oblige à déplacer l’équipe genevoise sur un chantier vaudois, et non à lui donner congé ; un tampon est prévu chaque jour sauf le lundi ; l’apprenti n’est jamais seul. Un planning numérique montre directement le jour férié sur la ligne du chantier concerné.

Jours fériés romands : le calendrier du planificateur

CantonJours fériés particuliersDates 2026Particularité
GenèveJeûne genevois ; Restauration de la Républiquejeudi 10 septembre ; jeudi 31 décembrele 1er mai n’est pas un jour férié légal
Vaud2 janvier ; lundi du Jeûne fédéralvendredi 2 janvier ; lundi 21 septembrepas de jours fériés catholiques
NeuchâtelInstauration de la République1er mars (un dimanche en 2026)2 janvier et 26 décembre seulement si Nouvel An ou Noël tombent un dimanche
Fribourgjours fériés catholiques (dont la Fête-Dieu)Fête-Dieu jeudi 4 juinpas dans les communes réformées du district du Lac (Morat, Chiètres, Vully)
ValaisSaint-Joseph ; Immaculée Conceptionjeudi 19 mars ; mardi 8 décembreVendredi saint n’est pas un jour férié
JuraFête de l’Indépendance ; 1er maimardi 23 juin ; vendredi 1er maideux niveaux de jours fériés


Source : données cantonales de notre guide des cantons, établies à partir des sites officiels des cantons (consultés le 18.08.2026). Pour 2027 : Jeûne genevois le 9 septembre, lundi du Jeûne fédéral le 20 septembre. Le travail un jour férié assimilé au dimanche demande une autorisation, comme le travail du dimanche.

Les règles qui limitent le planning

Durée du travail. La durée maximale de la semaine est de 50 heures pour le bâtiment et l’artisanat (art. 9 LTr). Les heures supplémentaires sont limitées à 140 heures par an pour ce groupe et se paient avec un supplément de 25 % ou se compensent par un congé de même durée avec l’accord du travailleur (art. 12 et 13 LTr). Votre CCT peut être plus stricte : la CCT nationale de la technique du bâtiment, par exemple, compte comme heures supplémentaires tout ce qui dépasse 40 heures par semaine.

Pauses et repos. Au moins 15 minutes de pause au-delà de 5 heures et demie de travail, 30 minutes au-delà de 7 heures, une heure au-delà de 9 heures (art. 15 LTr). Le repos quotidien est de 11 heures et peut être réduit à 8 heures une fois par semaine, si la moyenne sur deux semaines reste de 11 heures (art. 15a LTr). C’est la règle qui saute en premier quand un monteur rentre d’un dépannage à minuit et doit être sur un chantier à 7 heures.

Nuit et dimanche. Le travail entre 23 h et 6 h et du samedi 23 h au dimanche 23 h est en principe interdit et demande une autorisation : de l’inspection cantonale du travail s’il est temporaire, du SECO s’il est régulier (art. 16 à 19 LTr). Les CCT fixent les suppléments : par exemple 100 % le dimanche et 50 % la nuit temporaire dans la CCT nationale de la technique du bâtiment.

Trajets. Ce qui compte comme temps de travail dépend de la convention. Dans la CCT nationale de la technique du bâtiment, le trajet entre l’atelier et le chantier est du temps de travail payé ; pour le trajet direct du domicile au chantier, l’entreprise choisit soit la règle « sans rayon », soit un rayon de 15 minutes. Dans la convention nationale du gros œuvre, la nouvelle règle des 60 et 90 minutes de trajet ne s’applique qu’à partir du 1er janvier 2027. Voir le lexique temps de trajet.

Piquet. La CCT nationale de la technique du bâtiment prévoit un forfait de CHF 180 par semaine de piquet, si le salarié n’a pas à rester dans l’entreprise. Le planning doit montrer qui est de piquet, et la paie doit le recevoir. Voir le lexique service de piquet.

Documentation. Tout ce qui est planifié puis réalisé doit se retrouver dans la saisie du temps : début, fin, pauses de plus de 30 minutes, suppléments, documents conservés au moins 5 ans (art. 46 LTr, art. 73 OLT 1). Un planning qui alimente directement la saisie des heures évite la double saisie.

Le piquet et les urgences sans casser la semaine

  • Un responsable par jour. Une seule personne décide des déplacements d’urgence ; les monteurs n’échangent pas leurs chantiers entre eux par téléphone.
  • Des critères clairs. Qu’est-ce qui est une urgence ? Fuite d’eau, panne de chauffage en hiver, coupure de courant : oui. Un robinet qui goutte : rendez-vous normal.
  • Un tampon identifié. Une personne par jour fait du travail déplaçable (entretiens, finitions) et part en urgence si nécessaire.
  • Le lendemain compte. Après une intervention de nuit, vérifiez le repos de 11 heures avant de laisser le monteur sur le planning du matin.
  • Tout sur l’ordre de service. Adresse, historique de l’installation, photos, signature : le monteur de piquet ne connaît pas forcément le client. Voir les ordres de service.

Tableau blanc, Excel ou logiciel ?

CritèreTableau blancExcel partagéLogiciel avec app
Coûttrès faiblefaibleabonnement par utilisateur
Visible sur le chantiernon (photo du tableau)partiellementoui, sur le smartphone
Absences et jours fériésà la mainà la main ou par formulesintégrés
Changement de dernière minuteeffacer, réécrire, appelermodifier, puis prévenirglisser-déposer, l’équipe voit le changement
Lien avec les heures et la factureaucuncopier-collerdirect
Historiqueaucunversions du fichieroui


Le tableau blanc fonctionne avec une équipe sur un seul site. Excel tient jusqu’à cinq ou six personnes si une seule personne le modifie. Au-delà, ou dès que les équipes sont dispersées sur plusieurs cantons, un outil qui envoie le planning sur le smartphone et le relie aux heures fait gagner du temps chaque jour. Pour le calendrier d’un chantier entier (tâches, dépendances, diagramme de Gantt), voir le guide planning de chantier et notre modèle de planning chantier Excel.

Cinq indicateurs pour savoir si votre planning fonctionne

  • Taux de planification : heures planifiées ÷ capacité disponible. Durablement au-dessus de 100 %, vous promettez trop ; nettement en dessous, vous perdez des heures.
  • Heures d’urgence par semaine : pour dimensionner la marge.
  • Changements après publication : combien d’interventions bougent après l’envoi du planning du vendredi ?
  • Heures non facturables : trajets, attente de matériel, retours sur chantier.
  • Écart prévu-réel par chantier : la base pour mieux estimer les prochains devis.

Les erreurs les plus fréquentes

  • Planifier à 100 %. Sans marge, la première urgence décale toute la semaine.
  • Oublier le jour férié du lieu du chantier. Une équipe envoyée à Genève le jour du Jeûne genevois trouve un chantier fermé.
  • Planifier les personnes sans le matériel. L’équipe arrive, le matériel non.
  • Changer sans prévenir. Le planning n’a de valeur que si tout le monde voit la même version.
  • Ne jamais comparer avec le réel. Les mêmes erreurs d’estimation se répètent sur chaque chantier.

Comment Baunex aide à planifier

Dans Baunex, la planification des interventions se fait sur un tableau par glisser-déposer, en vue jour ou semaine, par collaborateur ou par chantier. Les absences apparaissent dans le planning, la charge de chaque personne est visible et l’équipe voit ses interventions dans l’app iOS ou Android. Les heures saisies sur le chantier reviennent dans le projet et la facture. Voir aussi la planification du personnel et, pour les entreprises de sanitaire et de chauffage, la page logiciel sanitaire. Baunex se teste gratuitement pendant 7 jours.

Conclusion

Une bonne planification des interventions ne demande pas d’abord un logiciel, mais une méthode : partir de la capacité réelle, placer le fixe, garder une marge, tenir compte des jours fériés et des règles de chaque canton, publier le planning à temps et le comparer au réel. Le logiciel rend cette méthode tenable quand l’équipe grandit et que les chantiers se dispersent entre Genève, Lausanne, Fribourg et Sion.

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Sources